Forêt, désert, montagne, lac, mer… Certains paysages nous attirent sans que nous sachions toujours pourquoi. Ils nous apaisent, nous émerveillent ou nous donnent simplement envie de marcher. Et si notre besoin de nature variait avec notre état intérieur ?
Il suffit parfois d’une image.
Une forêt traversée par une lumière douce. Un lac immobile au pied des montagnes. Une étendue désertique jusqu’à l’horizon. Une immensité blanche en Laponie.
On regarde et quelque chose résonne.
Lors d’un récent WEBINAIRE, en co-animation avec Virginie HOLAIND & Christelle NALET, consacré à ce que la nature peut nous enseigner :
Pourquoi la NATURE nous enseigne ce qu’aucun livre ne peut transmettre ?
Plusieurs participants ont partagé spontanément ce qu’ils ressentaient devant des images de grands espaces.
Pour certains, la forêt évoque une habitude quotidienne. Pour d’autres, le désert fait naître une sensation de chaleur et d’immensité. Certains recherchent le silence, d’autres le mouvement ou la présence de l’eau.
Ces témoignages montrent surtout une chose : nous n’allons pas tous chercher la même chose dans la nature.
Et peut-être que notre besoin évolue lui aussi avec ce que nous vivons.
Pourquoi avons-nous parfois besoin de grands espaces ?
Notre quotidien laisse rarement beaucoup de place au vide.
Notifications, informations, sollicitations professionnelles, écrans, rendez-vous, obligations… Même lorsque nous ne sommes pas physiquement en mouvement, notre attention est souvent mobilisée quelque part.
Partir marcher en montagne, traverser un désert ou séjourner dans une forêt boréale crée une rupture avec cet environnement habituel. Cette immersion dans la nature peut ouvrir un espace différent, propice au ralentissement, à l’observation et à une autre relation à soi.
Cette expérience explique peut-être pourquoi les grands espaces et le bien-être sont si souvent associés. Mais au-delà de la recherche de détente, l’enjeu peut être plus profond : retrouver ses sensations, son rythme et parfois une direction lorsque l’on traverse une période de questionnement.
Ce changement de cadre ne résout évidemment pas, à lui seul, les difficultés de notre quotidien. Mais il peut créer les conditions d’un autre rapport à soi, au temps et à ce qui nous entoure.
Les bienfaits de changer de cadre
C’est peut-être pour cela que nous ressentons parfois un besoin presque physique de retrouver la nature.
Pas forcément pour réfléchir davantage.
Parfois, au contraire, pour arrêter de réfléchir.
Marcher.
Respirer.
Observer.
Écouter.
Retrouver un rythme plus simple.
La nature devient alors moins une destination qu’un espace de respiration.
« Mon besoin de nature dépend de mon état du moment, comme un besoin physiologique. »
Claire
Cette phrase est particulièrement intéressante parce qu’elle nous invite à ne pas considérer la nature comme une expérience universelle.
Lorsque nous sommes fatigués, nous pouvons rechercher le calme.
Lorsque nous nous sentons enfermés dans une routine, l’horizon peut nous attirer.
Lorsque nous traversons une période de questionnement, marcher peut devenir une manière de mettre nos pensées en mouvement.
Lorsque nous avons besoin de retrouver de l’énergie, nous pouvons rechercher le soleil, l’eau, la montagne ou le vent.
La question n’est donc peut-être pas seulement :
« Quel est le meilleur endroit pour se ressourcer ? »
Mais plutôt :
« De quoi ai-je besoin aujourd’hui, et quel environnement pourrait m’aider à l’écouter ? »
La nature ne nous offre pas tous la même chose
Émerveillement au lac de Paimpont en forêt de Brocéliande
Une forêt, un désert, une montagne ou un lac ne produisent pas les mêmes sensations.
Mais surtout, nous ne les rencontrons jamais exactement de la même manière.
Notre état intérieur influence notre regard.
« Mon quotidien, je vais marcher tous les matins en forêt, j’adore. J’adore aussi l’eau, les lacs, la mer. »
Isabelle
Une forêt peut représenter un refuge pour l’un, un terrain d’aventure pour l’autre ou simplement un lieu de promenade familier.
Le désert peut évoquer la chaleur et la lumière, mais aussi le silence, la solitude ou l’immensité.
Un lac peut donner envie de s’arrêter.
Une montagne peut au contraire donner envie de partir, de marcher et de se dépasser.
La nature n’est donc pas seulement un décor devant lequel nous nous plaçons.
Nous entrons en relation avec elle à partir de l’endroit où nous sommes nous-mêmes.
Une interaction avec le paysage
Une interaction forte avec la présence des aurores boréales
C’est justement ce que le témoignage de Hugues permet d’approfondir.
En regardant les images de nature proposées pendant le webinaire, il parlait d’une :
« interaction à partir de ma présence, une coexistence, une présence avec moi-même. »
Hugues
Cette formulation ouvre une autre manière de considérer notre rapport aux grands espaces.
Nous ne sommes pas seulement devant un paysage.
Nous sommes avec lui.
Notre présence modifie notre manière de le percevoir, tandis que le paysage peut, en retour, modifier notre manière d’être présent à nous-mêmes.
Une forêt n’est donc jamais uniquement une forêt.
Selon le moment que nous traversons, elle peut devenir un lieu de marche, de silence, de refuge, d’émerveillement ou de questionnement.
Le désert peut nous donner une sensation d’immensité.
La montagne peut nous confronter à nos limites.
Un lac peut nous inviter à l’immobilité.
La forêt peut nous ramener à nos sensations.
Mais le paysage ne fait pas tout.
C’est la rencontre entre un lieu et une personne, à un moment donné, qui crée l’expérience.
L’immensité nous aide à changer de perspective
L’immensité nous aide à retrouver son chemin, à se retrouver, se reconnecter à Soi
Il y a quelque chose de particulier dans les grands espaces : ils modifient notre échelle.
Dans le désert, l’horizon semble reculer à mesure que l’on avance.
En montagne, notre présence paraît minuscule face aux reliefs.
En Laponie, l’immensité blanche peut donner le sentiment que le monde s’est agrandi autour de soi.
Cette sensation peut nous amener à relativiser certaines préoccupations.
Non pas parce qu’elles disparaissent miraculeusement, mais parce que notre regard change.
Nous cessons momentanément d’être uniquement au centre de notre propre histoire.
L’immensité rappelle que nous faisons partie de quelque chose de beaucoup plus vaste.
Le désert : revenir à l’essentiel
Le désert est peut-être l’un des paysages qui exprime le mieux cette sensation de dépouillement.
Il y a peu de choses auxquelles s’accrocher : peu de bruit, peu de repères, parfois aucune construction à l’horizon.
« Dans le désert, l’absence de repère ouvre un espace de pure simplicité. Et sous le soleil, ma lumière intérieure se revèle, me ramenant au coeur de moi même. »
Christelle NALET
Le désert dépouille.
Et lorsque les sollicitations extérieures diminuent, ce que nous percevons peut prendre davantage de place.
La lumière.
Le vent.
La chaleur.
Le silence.
La fatigue.
Nos sensations.
Nos pensées.
Et parfois une intuition que nous n’avions plus pris le temps d’écouter.
Le corps retrouve un autre rythme
Le corps retrouve en nature un autre rythme
Se retrouver ne passe pas uniquement par la réflexion.
Cela passe aussi par le corps.
Marcher plusieurs heures, respirer l’air froid d’une montagne, sentir la chaleur du désert, avancer dans la neige, écouter son souffle… Ces expériences nous ramènent à quelque chose de très concret.
Le corps sait rarement faire semblant très longtemps.
Quand on marche, il faut avancer à son rythme.
Trop vite, on s’essouffle.
Trop lentement, on peut perdre le rythme du groupe.
Il faut boire, manger, se reposer, se couvrir, parfois accepter de modifier son itinéraire.
La marche et la reconnexion à soi sont ainsi intimement liées. En avançant, nous retrouvons un rapport très concret au temps, à l’effort, au souffle et à nos limites.
L’environnement extérieur nous rappelle ainsi des besoins très simples que nos journées ordinaires peuvent parfois nous faire oublier.
« On réapprend à écouter, à écouter son propre rythme. »
Christelle NALET
Cette phrase dépasse largement la simple pratique de la randonnée. Elle pose une question que l’on peut ramener chez soi :
Est-ce que je connais encore mon propre rythme ?
Les plantes nous enseignent que tout n’est pas dans l’action
À travers son lien aux plantes et au vivant, elle a appris que :
« Les plantes et la Nature m’ont appris que le vivant fonctionne par cycles, et que nous n’avons pas toujours besoin d’être dans l’action pour avancer et grandir. »
Virginie HOLAIND
Voilà une idée qui prend à contre-pied une partie de nos habitudes. Nous vivons souvent avec l’impression qu’il faut agir pour avancer.
Faire.
Produire.
Décider.
Apprendre.
Progresser.
Mais la nature fonctionne aussi avec des temps de repos, de maturation et de transformation.
Une graine ne devient pas une plante en accélérant son développement.
Une forêt ne pousse pas d’un seul coup.
Les saisons ne cherchent pas à aller plus vite que la suivante.
Observer ces cycles peut nous inviter à porter un autre regard sur nos propres périodes de pause.
Un moment où rien ne semble bouger n’est pas nécessairement un moment où rien ne se passe.
Devenir disponible à ce qui peut apparaître
Virginie partageait également une phrase particulièrement évocatrice :
« Rien n’apparaît tant que nous ne nous y rendons pas disponible. »
Virginie HOLAIND
Elle résonne avec l’expérience des grands espaces. Car partir dans la nature ne signifie pas forcément partir chercher une réponse.
Cela peut être exactement l’inverse.
Arrêter de chercher pendant un moment.
Marcher.
Observer.
Respirer.
Écouter.
Laisser venir.
Le silence, la marche et l’immensité créent parfois un espace mental différent, dans lequel certaines pensées, émotions ou envies peuvent devenir plus perceptibles.
La nature ne nous impose rien.
Elle nous invite.
Et encore faut-il être suffisamment disponible pour entendre cette invitation.
Le silence devient un espace d’écoute
Dans notre quotidien, le silence est devenu presque inhabituel.
Même lorsque personne ne nous parle, un écran, une musique, un podcast ou une notification peut venir occuper l’espace.
Dans certains grands espaces, le silence est différent.
Il n’est pas forcément absolu.
Il est fait du vent, des oiseaux, de nos pas, de notre respiration, parfois du craquement de la neige.
Mais il y a moins de bruit fabriqué par l’être humain.
Et cela change notre manière d’écouter.
Cette relation entre silence et nature est particulièrement perceptible dans les grands espaces.
« Le silence, cela nous ramène à notre propre instinct. »
Christelle NALET
Cette phrase rejoint une expérience que beaucoup de marcheurs connaissent : après quelques heures ou quelques jours dans la nature, quelque chose ralentit.
Les pensées continuent d’exister.
Les questions ne disparaissent pas nécessairement.
Mais elles peuvent être abordées autrement.
Le silence ne donne pas forcément une réponse. Il permet parfois simplement d’entendre la question.
La beauté et l’émerveillement nous reconnectent au vivant
Un lever de soleil sur les dunes.
Une montagne éclairée par les dernières lumières du jour.
Un lac parfaitement immobile.
Une aurore boréale au-dessus d’une forêt enneigée.
Un chemin qui disparaît derrière une crête.
Ces moments produisent parfois une sensation difficile à expliquer.
Nous nous arrêtons.
Nous regardons.
Et pendant quelques instants, nous n’avons rien à faire.
Seulement à être là. En présence à Soi.
C’est peut-être aussi cela, l’émerveillement : retrouver la capacité d’être pleinement présent à quelque chose sans chercher immédiatement à l’utiliser, l’analyser ou le photographier.
Christelle résumait cette sensation ainsi :
« Tout autour de toi contribue. Il y a un émerveillement, tout ce que cela peut m’apporter. »
Christelle NALET
Et Virginie ajoutait :
« La beauté et le silence réparent en prenant la place de ce qu’on a enfin laissé partir. »
Virginie HOLAIND
Cette dernière phrase doit évidemment être entendue comme une expérience personnelle et non comme une promesse thérapeutique.
Mais elle exprime quelque chose de précieux : lorsque nous faisons de la place, certaines choses peuvent naturellement prendre davantage de place à leur tour.
La beauté.
Le calme.
La présence.
La gratitude.
L’émerveillement.
Les grands espaces comme miroir intérieur
C’est peut-être là que se trouve le lien le plus profond entre nature et connaissance de soi.
Un paysage ne nous explique pas qui nous sommes. Il ne nous donne pas une méthode. Il ne nous fournit pas une réponse prête à l’emploi.
Mais il peut devenir un espace de relation.
Dans le silence, nous pouvons entendre notre fatigue.
Dans la marche, sentir notre besoin de mouvement.
Dans l’immensité, prendre conscience de ce qui nous semble réellement important.
Dans le froid, découvrir notre capacité d’adaptation.
Dans la beauté, retrouver notre capacité d’émerveillement.
Dans l’effort partagé, redécouvrir le plaisir d’être avec les autres.
Et parfois, en quittant pendant quelques jours nos habitudes, nous découvrons simplement que certaines d’entre elles ne nous correspondent plus autant qu’avant.
C’est aussi pour cela que les voyages en nature peuvent prendre une dimension particulière lors des périodes de transition.
Ils ne changent pas nécessairement notre vie.
Mais ils peuvent nous permettre de la regarder autrement.
Se retrouver, ce n’est pas forcément partir très loin
Il serait dommage de conclure que pour se reconnecter à soi, il faut nécessairement traverser le Sahara, partir en Laponie ou gravir une montagne.
Le témoignage d’Isabelle nous rappelle justement le contraire.
Elle marche chaque matin.
Elle aime la forêt.
Elle aime l’eau.
Son rapport à la nature fait partie de son quotidien.
La reconnexion peut donc commencer à quelques centaines de mètres de chez soi.
Un sentier.
Un parc.
Une rivière.
Une forêt.
Un lac.
Une plage.
Une montagne lorsque l’occasion se présente.
L’essentiel n’est peut-être pas uniquement où nous allons, mais la manière dont nous y sommes.
Marcher sans téléphone.
S’asseoir quelques minutes.
Regarder réellement un paysage.
Écouter les sons autour de soi.
Observer la lumière.
Sentir son corps.
Laisser un peu de silence entrer dans la journée.
Ce sont des expériences simples, mais qui peuvent modifier notre relation au vivant.
Et si la nature ne nous donnait pas de réponses ?
Au fond, c’est peut-être la question posée par notre rencontre.
Pourquoi la nature nous enseigne-t-elle parfois ce qu’aucun livre ne peut transmettre ?
Peut-être parce qu’un livre nous transmet des connaissances, alors que la nature nous propose une expérience.
On peut lire sur le silence.
Mais il y a une différence entre comprendre le silence et marcher plusieurs heures dans un désert où l’horizon semble ne jamais finir.
On peut lire sur les cycles du vivant.
Mais observer une forêt au fil des saisons nous fait vivre cette notion autrement.
On peut réfléchir à nos limites.
Mais une longue marche en montagne nous les fait rencontrer physiquement.
On peut parler d’émerveillement.
Mais il suffit parfois de lever les yeux vers un ciel étoilé pour comprendre que certains mots restent insuffisants.
La nature ne nous apporte donc pas nécessairement des réponses.
Elle peut nous mettre dans les conditions pour que certaines réponses émergent de nous-mêmes.
Se retrouver, c’est peut-être redevenir disponible
Se retrouver, c’est peut-être redevenir disponible à Soi, aux autres, au vivant
Au fil de ces expériences et des échanges du webinaire, une idée revient.
Nous ne cherchons pas tous la même chose dans la nature. Et nous n’avons pas toujours besoin de la même chose.
Pour Isabelle, c’est la forêt, la marche et l’eau.
Pour Delphine, le silence, la chaleur et l’immensité.
Pour Claire, le besoin de nature évolue avec son état du moment, « comme un besoin physiologique ».
Pour Hugues, c’est une relation faite d’« interaction », de « coexistence » et de « présence avec moi-même ».
Dans le désert, Christelle retrouve la simplicité, la lumière, l’humilité, la gratitude, le silence et l’écoute de son propre rythme. Elle découvre aussi que le désert peut amplifier ses perceptions.
Virginie, à travers les plantes et les cycles du vivant, nous rappelle que nous n’avons pas toujours besoin d’être dans l’action pour avancer.
Finalement, les grands espaces ne nous donnent peut-être pas des réponses toutes faites.
Ils créent un espace dans lequel nous pouvons redevenir disponibles à ce qui était déjà là.
Une sensation.
Une fatigue.
Une envie.
Une intuition.
Une question que nous n’écoutions plus.
Le désert peut nous apprendre la simplicité.
La forêt peut nous ramener au silence.
La montagne peut nous remettre en mouvement.
L’eau peut nous inviter à ralentir.
Les plantes peuvent nous rappeler les cycles du vivant.
Et peut-être que se retrouver ne consiste pas à partir très loin pour devenir quelqu’un d’autre, mais à partir ailleurs, pour reconnecter à la nature, pour retrouver un espace où l’on peut être pleinement soi.
Créer suffisamment d’espace pour ralentir, écouter ce qui était déjà là et retrouver son propre rythme.
C’est aussi ce que nous cherchons dans ces voyages au cœur de la nature : vivre une expérience qui nous met en présence de nous-mêmes, des autres et du vivant.
Comme l’évoquait Hugues, peut-être s’agit-il finalement de retrouver :
Être là, pleinement présent, dans une forme de coexistence avec ce qui nous entoure et avec soi-même.
Hugues
Depuis 2023, j’accompagne des séjours randonnée en France et à l’étranger et je propose également des voyages Au cœur de la nature, de la Laponie suédoise au désert marocain, en passant par Brocéliande ou les montagnes du Sinaï. Des expériences pensées pour ralentir, de véritable immersion dans la nature, sortir de nos repères habituels et retrouver, au contact des grands espaces, une relation plus profonde à soi, aux autres et au vivant.
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